student_strikeLa fiction de Rousseau
« L’homme est né libre, mais partout il est en chaînes ». Ces paroles célèbres de Jean Jacques Rousseau semblent innocentes et banales à première vue, mais on peut y découvrir tout un fil de pensées qui mena aux révolutions du 19e siècle, et aux guerres mondiales du 20e siècle. Lorsque Rousseau parlait de chaînes, il faisait surtout référence aux liens moraux qui l’encombraient. Il rejetait l’idée qu’un être humain puisse avoir des obligations morales envers un autre. Ainsi, il abandonna ses cinq enfants à la charge de l’état. Pour lui, l’homme parfait était un sauvage noble, indépendant, seul, libre. Les liens moraux de la société, et les grandes institutions qui la composaient (surtout la moralité, la religion et la famille) portaient tous indûment atteinte à la liberté de l’individu. Pour Rousseau, l’homme était naturellement bon et noble, il n’avait donc pas besoin de règles morales pour le guider. Cette croyance que l’homme est naturellement bon fonde l’essence de l’humanisme.

Ce n’était pas sans justification que Rousseau pouvait dire que les institutions morales de son époque étaient encombrantes pour l’individu. À son époque, l’église jouait un rôle dominant dans le pouvoir politique. Les citoyens étaient, d’un côté, opprimés par les monarques qui prétendaient régner à la place de Dieu, et de l’autre, par l’église qui les exploitait dans le but de sauver leurs âmes. Ainsi, les révolutionnaires comme Rousseau, Locke et Hobbes ont trouvé attrayante l’idée de l’état naturel de l’homme : état sauvage, libre de toutes institutions, codes moraux et obligations naturelles. Il fallait rejeter l’idée du droit naturel et la remplacer par une nouvelle idée : celle du contrat social.

Une nouvelle conception de l’être humain
Avant cette époque, le consensus social était que la moralité n’était pas créée par l’être humain, mais plutôt quelque chose qu’il devait découvrir. Cette croyance semblait universelle et découlait d’une croyance au surnaturel, qui contiendrait les vérités ultimes et éternelles. Ce sont ces croyances qui donnèrent naissance aux universités, où les jeunes gens allaient à la recherche de cette connaissance universelle. Ainsi, le curriculum universitaire de l’époque était dominé par la philosophie et la théologie. Toute vraie connaissance, disait-on, découlait de ces grandes sources. Bien sûr, cette conception du droit naturel n’empêchait pas l’existence du droit positif (le droit moralement neutre, comme la conduite à droite où à gauche de la route). Il fallait bien sûr certaines règles pour bien organiser la société. Mais le droit naturel devait primer sur le droit positif, et ce dernier ne pouvait y déroger.

La vérité mélangée avec l’erreur
Voici où les choses se sont gâtées. Selon la philosophie grecque, cette sphère surnaturelle était uniquement accessible aux élites. Ainsi, le commun des mortels n’y avait qu’un accès très limité et devait s’en remettre aux sages pour lui expliquer la vérité. Ainsi, Platon romanticisa le philosophe-roi. Lors du moyen âge, cette doctrine trouva sa pleine réalisation dans le règne par mandat divin et dans l’institution de la papauté. Ces deux piliers centraux du moyen âge découlaient tous deux de l’idée que l’être humain ordinaire ne peut discerner la vérité spirituelle et morale. Dieu aurait donc donné une vision spirituelle élevée à ces rois et prêtres pour diriger les peuples, qui leur devaient une obéissance absolue.

Pourtant, s’ils n’avaient pas mêlé la philosophie grecque à la théologie biblique, rien de cela ne se serait produit. En fait, Jésus enseignait exactement le contraire de ce que prétendaient les prêtres et les rois :

« Des gens lui amenaient des petits enfants afin qu’il les touche, mais les disciples leur firent des reproches. Voyant cela, Jésus fut indigné et leur dit : « Laissez les petits enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. » » — Marc 10.13, 14

« Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples : « Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples furent effrayés de ce que Jésus parlait ainsi. Il reprit : « Mes enfants, qu’il est difficile [à ceux qui se confient dans les richesses] d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » » — Marc 10.23-25

« À ce moment même, Jésus fut rempli de joie par le Saint-Esprit et il dit : « Je te suis reconnaissant, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te suis reconnaissant, car c’est ce que tu as voulu » » – Luc 20.21

Des idées comme celles-ci sont nombreuses dans les paroles de Jésus et les apôtres les répètent plusieurs fois. Jésus lui-même, ainsi que ses apôtres, étaient des gens simples et ordinaires. La Bible enseigne que Dieu est proche de tous ceux qui le cherchent avec un cœur honnête. Ainsi, il n’est pas question de donner à certains le pouvoir de dominer sur les autres. Les dirigeants d’un peuple ne le sont pas en vertu d’une sagesse spéciale et exclusive. Tout le monde peut avoir un accès direct et personnel à Dieu.

« Il a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la Terre, et il a déterminé la durée des temps et les limites de leur lieu d’habitation. Il a voulu qu’ils cherchent le Seigneur et qu’ils s’efforcent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous. En effet, c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être, comme l’ont aussi dit quelques-uns de vos poètes : « Nous sommes aussi de sa race ». » — Actes 17.26-28

Le bébé jeté avec l’eau du bain
Malheureusement, cette nuance fut perdue par les révolutionnaires comme Rousseau qui ont préféré complètement abandonner l’idée d’une moralité absolue, plutôt que de retrouver les vérités perdues de la Bible. Quel dommage ! Des centaines de millions de vies auraient pu être épargnées.

La solution pour Rousseau était plutôt de déifier l’être humain : faire de chaque individu son propre dieu. Étant pleinement souverain et indépendant, personne n’aurait l’autorité de le lier par d’autres règles que celles dont celui-ci consentirait. Voilà l’essence du contrat social : que les seules obligations qui reviennent aux individus soient celles qui sont voulues par la majorité et imposées par le droit. Au lieu de concevoir la société comme un fait organique qui découle de la nature humaine, on la conçoit comme une construction artificielle qui est en compétition constante avec la réalisation de l’individu. Au lieu de nous concevoir comme des êtres fondamentalement sociaux, nous sommes projetés comme des êtres profondément antisociaux. Au lieu de concevoir mon bonheur comme étant intimement lié au bonheur que je peux susciter chez les autres, mon bonheur est opposé à ceux des autres. Ainsi, la réponse à tous les problèmes de la société se trouve non pas dans les obligations morales entre individus, mais plutôt dans les obligations légales qu’impose l’état. L’état est le créateur et le sauveur de la société : voilà l’essence du socialisme, âme sœur de l’humanisme.

Les dangers d’une telle philosophie sont évidents : une dictaturesans retenue par la majorité. L’état a le mandat de gérer la société. Elle crée le droit et la moralité. Ce n’est pas sans raison que tous les dictateurs du 20e siècle comme Hitler, Staline et Mussolini s’inspiraient largement des idées humanistes de Rousseau. Pour une raison qui est difficile à comprendre, on pensait que la dictature de la majorité était préférable au règne d’un Dieu d’amour qui ne change pas. C’est ainsi que naquit l’état moderne : pleinement souverain sur son territoire, le seul qui ait autorité, non pas pour découvrir le bien et le mal, mais pour le créer.

Et le sang coula à torrents. Le jacobinisme en France, le communisme en Russie, le nazisme en Allemagne, le fascisme en Italie, tout découlait de la doctrine de Rousseau et compagnie qui déifiait la majorité et l’affranchissait de toute obligation morale qui pouvait exister hors de sa volonté. De la dictature de la majorité, nous ne sommes qu’à un tir de pierre de la dictature de ceux qui peuvent diriger la majorité. Il va donc sans dire que ces tentatives d’élever et libérer l’être humain menèrent à son assujettissement et sa dégradation comme jamais vue auparavant.

Suite à la Seconde Guerre mondiale, cette doctrine du contrat social fut grandement atténuée et on recommença à admettre qu’il y a des principes moraux auxquels personne n’a le droit de déroger. En droit international, on parle du jus cogens, les principes de droit impératifs auxquels tous les états sont tenus d’obéir et auxquels personne ne peut déroger. C’est à cette époque qu’on commence vraiment à prendre les chartes des droits de l’homme au sérieux dans les états et à l’ONU.

Une société fondée sur la grâce
Malheureusement, nous n’avons toujours pas appris notre leçon. On retourne de plus en plus à l’idée que l’état peut nous sauver de tous nos problèmes. Les manifestations nombreuses qu’on voit partout dans l’occident ont toutes comme fondement l’idée que l’état doit sauver le monde. On n’entend pas d’appel à la moralité, pas d’appel à la responsabilité individuelle. Non, l’imposition des riches, la gratuité scolaire, les programmes sociaux : voilà la solution. Tout est rapport de force et confrontation — chaque individu exige ses droits au détriment des droits des autres. Comment une société peut-elle survivre ainsi ?

Si une maison n’est pas construite par l’Éternel,
Ceux qui la construisent travaillent inutilement ;
Si une ville n’est pas gardée par l’Éternel,
Celui qui la garde veille inutilement.
C’est inutilement que vous vous levez tôt, que vous vous couchez tard
Et que vous mangez un pain gagné avec peine :
Il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil.

— Psaume 127.1, 2

Pour qu’une société survive, elle doit reposer sur un fondement objectif. Elle ne peut être laissée à la discrétion des élites. Elle ne peut non plus reposer sur les impulsions de la majorité ou les exigences des plus bruyants. Il n’y a qu’une solution : la découverte de notre vraie nature humaine : enfants de Dieu, créés par l’amour et pour l’amour. Ainsi prendrait fin la compétition entre l’individu et la société. Les gens ne rechercheraient plus leurs droits, mais plutôt la grâce.

Le monde a besoin de l’Évangile. Il ne s’agit pas simplement d’une belle histoire pour bien se sentir intérieurement, l’Évangile, c’est la paix pour notre monde — si seulement il était suivi ! Nous y trouvons notre repos en Dieu notre sauveur et ami. Il promet de prendre soin de nous. Il promet de nous donner tout ce que notre cœur désire et de faire de notre vie un succès. Et il promet de le faire uniquement à travers la puissance de l’amour. En fait, l’amour n’est pas simplement un moyen vers la réalisation de nous-mêmes, c’est la fin de cette réalisation. C’est la participation dans la perfection et la beauté divine — ce que notre cœur désire plus que tout. La Bible nous enseigne à croire à la puissance de l’amour pour changer le monde. N’est-ce pas ce dont nous avons besoin ?


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