Pourquoi la religion me terrifie

//Pourquoi la religion me terrifie

demonstrationLe livre du neurologue et auteur Sam Harris, La fin de la foi (2004), a été écrit à la suite des attentats du 11 septembre à New York et à Washington. Le livre débute en décrivant la vie quotidienne et le profil psychologique d’un terroriste. Pour Harris, il n’y a pas de doute concernant la cause d’une telle démence : l’irrationalité de la religion. Une bonne portion du livre consiste ensuite à démontrer à quel point la religion peut être dangereuse. Cela va de soi, cela revient à  dire que le ciel est bleu.
Cependant, pour Harris, les extrémistes ne sont pas les seuls à poser problème. Toute religion, même modérée, ne devrait pas être tolérée. En fait, il décrit les religions modérées comme étant celles qui encouragent la folie religieuse en la rendant socialement acceptable. Selon lui, la religion modérée de la majorité est comme une drogue d’entrée qui encouragera toujours un certain pourcentage, relativement élevé selon Harris, à rechercher des substances plus fortes et dangereuses. Il conclut que toute religion est dangereuse, même prise en modération, car c’est la modération de la majorité qui encourage les excès de la minorité. La religion est une bombe à retardement.
Vous serez peut-être surpris, mais je suis presque entièrement d’accord avec Harris sur cette ligne de pensée. Effectivement, je conviens que la religion non fondée sur la raison est dangereuse, qu’elle soit modérée ou non. De plus, je crains que la société se déplace justement dans cette direction.
Comme l’expérience du 11 septembre l’a démontré, la majorité ne se trouve qu’à un pas de la religion. Il suffit d’une catastrophe naturelle, d’une grosse crise économique ou d’un conflit militaire près de chez eux, et ça y est. Lorsque tout va mal, nous devenons généralement croyants, car nous avons besoin d’un espoir de survivre. Sans espoir, il n’y a pas de survie. L’espoir découle toujours de la foi en quelque chose de plus grand que nous. Il y a un dicton selon lequel « il n’y a pas d’athée dans les tranchées. »
En quoi cela me fait peur
Ce dont j’ai peur n’est pas la religion en tant que telle, mais la religion embrassée aveuglément, sans principes. La religion est une épée à double tranchant. Celle qui est bien réfléchie et basée sur la raison et l’amour est, selon moi, l’espoir le plus important de ce monde. Cependant, celle qui est épousée aveuglément et basée sur la crainte et l’ambition égoïste est sans doute la plus grande source de mal du monde. Et c’est de celle-ci dont je suis terrifié.

J’ai récemment lu un article dans le Devoir qui décrit les difficultés auxquelles notre monde fait face actuellement et qui feront l’objet des discussions du sommet économique international qui se déroule présentement à Davos en Suisse :

« L’explosion d’une population jeune aux perspectives restreintes, le nombre croissant de retraités dépendant d’États surendettés et le fossé grandissant entre riches et pauvres alimentent une dystopie (le contraire d’une utopie) qui, en absence d’option viable, est susceptible de se traduire en nationalisme, en populisme et en protectionnisme à un moment où le monde peine à se relever de sa pire crise économique depuis les années 30 et qu’il aurait bien besoin du contraire, a observé hier la 7e édition du Rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial qui se tiendra à la fin du mois à Davos, en Suisse. »

« Pour la première fois depuis des générations, de nombreuses personnes ont cessé de penser que leurs enfants auront un meilleur niveau de vie qu’elles-mêmes », a constaté le responsable du rapport au Forum, Lee Howell. « Le sentiment de malaise est particulièrement prégnant dans les pays industrialisés qui, historiquement, ont été une source de grande confiance et d’idées audacieuses. »

Alors, selon les personnes les plus informées de notre planète, nous nous dirigeons tout droit vers une dystopie; un écroulement de la société actuelle. Ceci semble indéniable. Nous faisons face à de sérieux problèmes, des problèmes qui feront appel au caractère de notre société. Qu’arrivera-t-il lorsque les choses s’empireront, ce qui semble plutôt inévitable?

Sam Harris constate l’ampleur du problème avec raison. Le problème est là et il est très, très grave. Par contre, il se trompe là où il propose que la non-croyance soit la solution. Cette attitude ne fait qu’encourager le problème, et ce pour deux raisons :

1. La foi religieuse est un élément essentiel de la raison
Je rejette avec conviction la fausse dichotomie que Harris crée entre la croyance religieuse et la raison. Sam Harris semble complètement ignorer le fait que le culte de l’état, se basant sur la « science » du jour, est celui qui a répandu le plus de sang au 20e siècle. La croyance irrationnelle n’a pas besoin d’être religieuse. Au contraire, la raison est nécessairement basée sur des éléments intangibles, des choses qui ne se prouvent pas scientifiquement. Nous ignorons ces intangibles à notre péril.

Les 200 dernières années de notre histoire nous le démontrent. Prenons le racisme du 19e siècle. Il a largement été influencé par la « science » évolutionniste de l’époque. L’histoire du Pygmée congolais, Ota Benga, est l’une des plus frappantes à ce sujet. En 1906, Benga a été mis dans une cage à singes dans le parc zoologique du Bronx par William Temple Hornaday, anciennement du Smithsonian. La communauté scientifique de l’époque a largement accepté ce geste, car il était en accord avec les écrits de Darwin. En effet, dans La descente de l’homme, il dit :

« Les races civilisées de l’homme extermineront et remplaceront presque certainement les races sauvages du monde entier. En ce temps, les singes anthropomorphes seront sans doute exterminés. La différence entre l’homme et ses plus proches alliés sera alors plus grande, car elle interviendra entre l’homme plus civilisé, le caucasien, et le babouin, par opposition avec la différence qui existe maintenant entre le nègre et le gorille. » (p. 201)

Earnst Heckel, un autre pionnier dans l’avancement de la théorie de l’évolution était encore plus explicite dans son livre Les merveilles de la vie :

« Les races inférieures sont psychologiquement plus proches des singes et des chiens que des Européens civilisés ; on doit donc attribuer une valeur complètement différente à leurs vies. »

Bien sûr, la science a finalement abandonné cette idée de races inférieures. Cependant, la philosophie de la survie du plus fort reste inséparable de la science de l’évolution. Après tout, jusqu’à maintenant, la sélection naturelle est encore le seul mécanisme proposé pour propulser l’évolution des races. Oui, la coopération et l’altruisme peuvent être utiles, mais seulement dans des cas très précis. On ne pourrait dire honnêtement que ce sont les plus importants déterminants de la survie d’un individu. La nature et la science ne peuvent nous dire comment agir raisonnablement. Ils peuvent seulement nous montrer comment agir sauvagement pour survivre. L’histoire nous donne suffisamment d’exemples pour nous montrer le danger d’appliquer le pragmatisme scientifique directement à l’éthique.

2. Il est réellement dangereux de soustraire la raison à la religion
Dans la vie de tous les jours, je rencontre rarement quelqu’un qui se dit complètement athée. Nous croyons pratiquement tous en quelque chose, que ce soit le destin, le karma, un ordre naturel conscient et moral, etc. L’être humain a besoin de croire, la foi fait partie de son ADN. Mais je m’inquiète du fait que de plus en plus de gens croient que la foi est en soi irrationnelle, que nous croyons ce qui nous convient, rien de plus. Je ne peux m’empêcher de craindre une foi aussi subjective, car le bien et le mal peuvent devenir des concepts également subjectifs. On entend souvent dire qu’il faut suivre son cœur. Mais l’histoire démontre que le cœur humain fait parfois de drôles de choses et qu’il est beaucoup moins fiable que nous aimerions le croire.

Il suffirait d’une personne charismatique à un moment opportun de crise ou de difficultés nationales pour changer notre bonne volonté et notre civilité sociale actuelle. N’est-ce pas ce qui est arrivé à l’Allemagne des années 1930 ? Il a été démontré que Hitler a mélangé la religion à sa propagande pour la rendre plus efficace. Les masses de gens, ignorantes des enseignements réels de la Bible, se sont facilement fait prendre. La croyance que toute vérité morale n’est que foi irrationnelle et subjective ne peut que mal tourner. On a rapidement découvert que la moralité du peuple était sans fondement. Quel est notre fondement aujourd’hui?

Qu’est-ce que la raison?
Si la science ne peut établir la raison, alors comment y arriver? Il faut simplement se poser la question : quelles croyances sont nécessaires au fondement d’une éthique correspondant à ce que la conscience non violée nous enseigne ?

1. l’égalité et la dignité de chaque être humain,
2. notre responsabilité envers la création,
3. notre devoir d’aimer les autres comme nous-mêmes

Ces éléments constituent les conditions sine qua non de la raison, c’est-à-dire, ce qui est essentiel. Toute religion, tout système de croyances doit être compatible avec ces éléments pour être réellement raisonnable. À ma connaissance, la foi biblique est la seule qui remplit pleinement ces exigences, car elle seule enseigne que Dieu est amour, que nous sommes créés à son image et qu’aucune union n’est possible entre le bien et le mal. Nous n’avons qu’à regarder Jésus sur la croix, portant nos péchés pour nous ramener à Dieu, pour le constater!

Comme je l’ai déjà démontré, le stricte matérialisme de Sam Harris est contraire à ces préceptes. Il est donc irraisonnable et fait partie du problème.

La raison raisonnable
Il nous faut donc une définition de la raison qui soit raisonnable. En d’autres termes, il nous faut une définition qui prenne en compte les exigences de la conscience. La raison dépasse la science et les mathématiques. Elle comprend également les intangibles de notre existence. Lorsque l’on comprend ce concept, on ne peut plus arbitrairement soustraire la religion de la raison. Même la religion peut et doit être raisonnable. Cette conclusion mène également à la conclusion qu’on ne peut vivre raisonnablement et de façon responsable sans réfléchir sur la réalité spirituelle de notre existence. C’est à notre propre péril que nous ignorons une partie aussi importante de notre existence!

Dans l’une des ses paraboles, Jésus présente le danger de vivre sans rechercher la vérité spirituelle :

« C’est pourquoi, toute personne qui entend ces paroles que je dis et les met en pratique, je la comparerai à un homme prudent qui a construit sa maison sur le rocher. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison; elle ne s’est pas écroulée, parce qu’elle était fondée sur le rocher. Mais toute personne qui entend ces paroles que je dis et ne les met pas en pratique ressemblera à un fou qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison; elle s’est écroulée et sa ruine a été grande. » (Matthieu 7:24-27)

J’espère que notre société apprendra cette leçon avant qu’il soit trop tard.

 


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2018-10-01T13:39:08+00:00