monopolyL’histoire de mes Jokeley
Lorsque j’étais au primaire, je me souviens d’une époque où les lunettes de soleil Oakley étaient particulièrement à la mode. Les jeunes de 11-12 ans étant ce qu’ils sont, le fait de posséder l’une de ces merveilles de la lunetterie moderne augmentait grandement un statut social. Malheureusement pour moi, une paire d’Oakley coûtait à l’époque au moins 100$. Ce n’était pas la peine d’en demander à mes parents, je connaissais déjà la réponse.

Heureusement, un jour lorsque j’étais en ville avec mes parents, j’ai vu un commerçant qui vendait des lunettes de soleil Oakley sur un coin de rue pour une fraction de leur prix régulier. « Quelle aubaine! » ai-je pensé, anticipant l’élévation imminente de mon statut social! Le fait qu’elles paraissaient être de véritables Oakley suffisait pour me convaincre de les acheter. Je me souviens de ma fierté cette première journée d’école après ma nouvelle acquisition. Mes amis on remarqué rapidement, et voulaient tous voir mes nouvelles lunettes. J’ai pu porter mes lunettes de soleil dans l’école pour un bon moment avant que le professeur me demande de les enlever.

Malheureusement, à la récréation, on a fait éclater ma bulle. Dans toutes les écoles, il y a un élève qui connaît ce genre de choses. Il m’a demandé d’examiner mes lunettes pour voir si elles étaient authentiques. Après inspection, il a constaté qu’elles ne l’étaient pas et a rapidement publié sa découverte. Quel déception! Je n’ai pas jeté mes lunettes de soleil, j’en avais quand même encore besoin. Même à 25$, je n’avais pas les moyens de m’en procurer de meilleures, mais disons que je ne les portais plus avec autant de fierté, je ne leur faisais plus aussi attention et finalement, lorsque je les ai brisées, je n’en ai pas vraiment fait de cas. Mes « Jokeley » n’avaient tout simplement plus la même valeur à mes yeux qu’avant, alors que je les croyais être de vraies Oakley.

La vie n’est-elle qu’une façade?
Selon moi, la première preuve de notre origine divine est le fait que nous sommes tous convaincus de notre valeur intrinsèque en tant qu’êtres humains. Nous avons besoin de croire que nous valons quelque chose. En réfléchissant à notre vie, nous sommes convaincus au fond de nous-mêmes qu’elle a un sens, une importance qui va au-delà de notre popularité ou de ce que nous accomplissons. Je trouve difficile de concilier ce que la science populaire nous enseigne (notre statut d’accident cosmique, insignifiant et sans vraie valeur) et le fait que chaque être humain vit d’abord et avant tout de la conviction que sa vie a une valeur, que ses actions sont importantes et qu’il y a une différence entre le bien et le mal. Notre valeur, notre importance et notre conviction du bien et du mal peuvent-elles toutes n’être que des illusions? Est-il possible que la vie, malgré son apparence significative et authentique, ne soit qu’une façade, comme mes lunettes « Jokeley »?

Si toutes ces convictions sont effectivement fausses et que nous ne sommes que de l’ordure cosmique, nous serions justifiés de ne pas prendre notre vie très au sérieux. N’est-ce pas là justement le problème de la vie moderne? N’aurions-nous plus de véritable raison de prendre la vie au sérieux, d’agir comme des êtres responsables et nobles et de nous sacrifier pour le bien? Pourquoi se priver de plaisirs si notre vie ne vaut rien de toute façon? Ne serait-ce pas la raison pour laquelle notre société s’autodétruit actuellement? Une société peut-elle survivre très longtemps lorsque chacun ne vie que pour lui-même? La liberté peut-elle survivre?

Je vous invite à prendre connaissance des paroles du professeur William B. Provine de l’université prestigieuse de Cornell, aux États-Unis :

« Laissez-moi résumer haut et fort mon point de vue sur ce que la biologie évolutionniste moderne enseigne… Il n’y a pas de dieux, pas de buts à notre vie, pas de forces morales de quelque sorte. Il n’y a pas de vie après la mort. Quand je mourrai, je suis absolument certain que je serai mort. Ce sera la fin pour moi. Il n’y a pas de fondement ultime de l’éthique, aucun sens ultime à la vie et aucune volonté libre pour les humains. »

Pourtant, nous savons tous au fond de nous-mêmes que les réalités dont la biologie évolutionniste nie l’existence sont vraies! Ce n’est pas pour rien que ceux qui nient leur existence s’autodétruisent lentement. Ce n’est pas pour rien qu’il y a tant de dépression, de suicide et de surconsommation de drogue de nos jours. On ne peut vraiment vivre sans ces convictions. Tout cela devrait nous mener à réfléchir sur la validité de ce que la science populaire nous enseigne.

Ce que la science n’explique pas
Effectivement, l’évolution a du mal à expliquer pourquoi nous avons un idéal de justice qui dépasse grandement le pragmatisme essentiel à la survie. Je peux comprendre que nous coopérions avec ceux de qui nous pouvons tirer profit, quel qu’il soit. Cependant, je ne peux comprendre pourquoi nous sentons une obligation morale envers ceux qui ne nous servent à rien. Tous les discours des philosophes évolutionnistes ne parviennent pas à expliquer notre si grande admiration pour l’amour altruiste et le sacrifice.

« L’amour est patient, il est plein de bonté; l’amour n’est pas envieux; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. » (1 Corinthiens 13.4-7)

Pourquoi sommes-nous beaucoup plus attirés par un tel récit que par les paroles des philosophes nihilistes? Pouquoi sommes-nous si orientés vers le bien? Pourquoi, dans un monde supposément créé par la survie du plus fort, le bien est-il si dominant comme idéal, et le mal reconnu universellement comme étant à éviter? Pourquoi le bien n’est-il pas qu’une option morale parmi tant d’autres? Malgré tout, l’histoire révèle que le mal et le bien ont tous deux profité à diverses personnes à travers les siècles. Pourquoi sentons-nous le besoin de cacher le mal que nous faisons et de proclamer le bien? Curieux, n’est-ce pas? Comme si l’évolution, aveugle et sans but, avait un but moral. C’est absurde.

Léo Tolstoy, dans sa courte histoire intitulée De quoi vivent les hommes, remarque que l’homme vit avant tout de l’amour, reprenant ainsi ce que Jésus a dit : « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de chaque parole qui sort de la bouche de Dieu. » Dès que nous cessons de croire au bien, à l’amour, à la générosité, à la dignité humaine, à notre importance, à notre valeur, ainsi qu’à l’espoir, alors nous commençons à mourir intérieurement. Pourquoi donc notre bien-être émotionnel serait-il à ce point axé sur la croyance de faussetés!

Nous avons besoin de croire
Même Sam Harris, l’un des athées les plus militants, ne peut nier ce que je dis. Lorsque dans un débat avec Andrew Sullivan il dit que la foi est basée sur des mensonges, il exclut intentionnellement et arbitrairement de cette assertion la foi en le bien, en l’espoir, et en nous-même. Mais je me demande : pourquoi les exclure? En vertu de quoi affirmes-tu qu’en l’absence d’un Dieu créateur, qui nous aime et qui a un plan pour notre vie, peut-il quand même y avoir de l’espoir, du bien et du mal, et comment peut-on vraiment croire en nous-mêmes?

Prenons premièrement l’espoir. Pour emprunter l’illustration de Frank Turek, dans son livre Je n’ai pas assez de foi pour être un athée, si Dieu n’existe pas, notre vie n’est qu’un jeu de Monopoly glorifié. On peut acquérir tous les biens et les immeubles qu’on veut, lorsque la partie est terminée, tout doit retourner dans la boîte. On peut jouer avec passion et se prendre très au sérieux, on peut aussi y mettre peu d’énergie, mais en bout de ligne, ça ne reste qu’un jeu. Toute la vie est profondément insignifiante, qu’on fasse le bien ou le mal. Quel espoir peut-il avoir? Un jour, si ce que la science populaire nous dit est vrai, l’humanité entière cessera d’exister, puis notre planète et notre soleil, et finalement, l’univers entier passera l’éternité dans un état de congélation perpétuelle. Quel espoir!
Voyons maintenant le bien et le mal. Voici les paroles du philosophe canadien Kai Nielsen :

« La raison ne décide rien ici. L’image que j’ai peinte pour vous n’est pas plaisante. La réflexion sur celle-ci me déprime. La raison pure et pragmatique, même avec une bonne connaissance des faits, ne vous mènera jamais à la moralité. »

Pourtant, partout autour de nous, nous sommes encouragés à écouter et à suivre notre cœur afin qu’il nous guide. Si notre cœur n’est que le produit d’un processus amoral, pourquoi devrait-on lui faire confiance? Si notre cœur peut être un guide moral fiable, c’est seulement parce qu’un Dieu moral l’a formé. Voilà pourquoi nous pouvons faire confiance à nos plus nobles impulsions et devons le faire.

Réfléchissez maintenant aux paroles de Victor Frankl, survivant de l’holocauste du camp de concentration d’Auschwitz, dans son livre Le docteur et l’âme :

« Si nous présentons aux humains un concept de l’homme qui est faux, il devient très facile de le corrompre. Lorsque nous présentons l’homme comme un automate d’impulsions, comme une machine intelligente, comme un amas d’instincts, comme un pion impulsif et réactif, comme le simple produit de l’instinct, de l’hérédité et de son environnement, nous nourrissons le nihilisme vers lequel l’homme moderne tend.

« J’ai fait l’expérience du summum de cette corruption lors de mon deuxième séjour dans un camp de concentration à Auschwitz. Les chambres à gaz d’Auschwitz furent le résultat ultime de la théorie que l’homme n’est rien que le produit de l’hérédité et de son environnement (ou comme les Nazis se plaisaient à dire : du sang et de la terre). Je suis absolument convaincu que les chambres à gaz d’Auschwitz, Treblinka et Maidanek, n’étaient pas réellement le produit d’un ministère de Berlin, mais plutôt des bureaux et des salles de classe des scientifiques et philosophes nihilistes. »

Selon moi, il n’y a aucune raison de croire en nous-mêmes si nous ne pouvons croire en la sagesse qui nous a produits. C’est encore une illusion. Certains disent parfois qu’il n’est pas nécessaire de croire en Dieu, qu’il suffit de croire en soi-même; qu’il n’est pas nécessaire d’aimer Dieu, qu’il suffit de s’aimer soi-même. Je trouve ce raisonnement curieux. Si nous ne sommes qu’un accident, notre valeur dépend de ce que nous accomplirons et de ce que les autres penseront de nous. Pourquoi s’aimer soi-même pour qui nous sommes si nous ne sommes vraiment rien! Si, par contre, je suis la création de l’être le plus grand, moral, intelligent et glorieux qui existe, alors j’ai une grande raison de m’aimer et de croire en moi-même. Comme David a dit dans l’un de ses psaumes :

« Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et je le reconnais bien. » (Psaume 139.14)

Conclusion
Je termine avec ceci : Nous avons besoin de croire, la foi n’est pas vraiment une option. Même les athées doivent croire en quelque chose. Seulement, le théiste a une base logique et raisonnable pour ses croyances, alors que l’athée, non. Selon moi, la preuve mène clairement vers la croyance en un créateur moral qui a mis dans nos cœurs la faculté de distinguer le bien du mal, ou du moins de reconnaître qu’il y a une différence entre les deux. Nous ne sommes pas des animaux. Quiconque y réfléchit en prend rapidement conscience. Nous sommes des êtres distincts. Nous avons en nous la faculté de choisir un comportement moral et une conviction du bien très puissante, comme si la moralité objective existait. L’athéisme ne peut expliquer ces faits. La Bible, cependant, donne une explication qui a beaucoup plus de sens :

« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme. » (Genèse 1.27)

Épilogue (de G.K. Chesterton)
« Le darwinisme peut être utilisé pour cautionner deux moralités folles, mais il ne peut être utilisé pour sauvegarder une seule moralité raisonnable. La parenté et la concurrence de tous les êtres vivants peuvent être utilisées comme raison d’être incroyablement cruels ou extrêmement sentimentaux, mais elles ne mènent pas à un amour sain des animaux… Si vous et le tigre êtes des semblables, il y a peut-être là une raison d’être tendre envers le tigre. Mais peut-être aussi est-ce une raison d’être cruel comme lui. On peut essayer d’enseigner au tigre de nous imiter, mais il est certainement plus facile d’imiter le tigre. Cependant, l’évolution ne vous dira en aucun cas comment traiter un tigre raisonnablement, c’est-à-dire, en admirant ses rayures tout en évitant ses griffes.

« Si vous voulez traiter un tigre raisonnablement, vous devez retourner au jardin d’Éden. En effet, ce rappel obstiné continue de se reproduire : le supernaturaliste est le seul à pouvoir adopter une vision saine de la nature. Le panthéisme, l’évolutionnisme moderne et la religion cosmique sont tous axés sur la proposition que la Nature est notre mère. Malheureusement, si vous considérez la nature comme une mère, vous découvrirez qu’elle est une marâtre (maîtresse cruelle et indifférente). Le christianisme, par contre, enseigne que la nature n’est pas notre mère, mais plutôt notre sœur. Nous pouvons être fiers de sa beauté, puisque nous avons le même Père, mais elle n’a aucune autorité sur nous. Nous pouvons l’admirer, mais ne devrions pas l’imiter ».
Chesterton, GK, l’orthodoxie, John Lane, Londres, pp 204-205,1927.


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