Hunger games et le rallye de la raison

//Hunger games et le rallye de la raison

atheistSamedi dernier, un évènement nommé Le rallye de la raison a eu lieu au National Mall de Washington. Ce grand rallye pour le rationalisme, l’athéisme et le scepticisme a été mené par quelques penseurs athées célèbres comme le professeur retraité d’Oxford Richard Dawkins, ainsi que Sam Harris et Michael Shermer, président de la société des sceptiques. Ce rallye a cherché à reproduire l’excitation et l’attention nationale qui a entouré les rallyes de la droite « chrétienne » menés par Glenn Beck ainsi que le mouvement « Tea party » des quelques années passées. Leur mission est simple : libérer l’Amérique de l’irrationalité et des fantaisies que représente la religion afin que la raison puisse prévaloir dans la politique et la culture du pays.

hunger_gamesIroniquement, ce rallye s’est déroulé le même weekend que la première du plus grand film de l’année, Hunger Games. L’histoire futuriste se déroule dans une dystopie totalitaire nommé le PANEA. Pour divertir le peuple et supprimer l’humanité en lui, le gouvernement tient chaque année un tournoi dans lequel des adolescents de tout le pays sont isolés sur une île où ils doivent s’entretuer jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un vainqueur. Le tout est filmé, télévisé, et commenté par des analystes qui dissèquent les stratégies et les performances des jeunes, tout cela par pur plaisir!

Quel est le lien entre les deux? En fait, le film présente le résultat inévitable du rationalisme présenté au rallye de Washington. La philosophie et l’histoire occidentales des 500 dernières années démontrent que la raison empirique à elle seule mène inévitablement au pessimisme, l’âme sœur du totalitarisme. Je ne veux pas juger ceux qui souscrivent à ces idées; la plupart sont sincères. Cependant, pour parvenir à une connaissance harmonieuse de notre existence, il faut bien évaluer les idées de cause à effet.

Que faire de la raison?
Voici un paradoxe : ce sont l’humanisme et l’optimisme de la renaissance, qui ont exalté l’homme et sa rationalité comme mesures de toute chose, qui ont mené directement au pessimisme de la modernité. Même l’un des plus grands hommes de la renaissance, Michel-Ange, l’a vécu. Michel-Ange était architecte, ingénieur, poète, peintre et philosophe. Il est reconnu comme étant l’un des plus grands artistes de tous les temps. Sa sculpture célèbre de David, qui représentait à ses yeux la gloire de l’homme, démontre les œuvres de sa jeunesse, lorsqu’il croyait encore à la divinité de l’homme et à sa rationalité.

michelangelo_pietaCependant, il a lui-même difficilement découvert les limites du génie humain. Avec un fondement faillible et temporel, on ne peut jamais atteindre la perfection, ou même trouver un sens à notre existence. Michel-Ange a découvert que même si l’homme pouvait avancer dans tous les domaines de la connaissance, ceux-ci ne pourraient jamais donner un ordre à son univers, un sens à sa vie, ou une fondation sur laquelle il pourrait vivre comme un homme. Le génie qui a peint des toiles magnifiques et inventé des objets utiles a également conçu des armes de guerre. Il n’y avait aucune unicité des connaissances dans ses œuvres. C’est ainsi que la rationalité, isolée du reste, a mené à la destruction de la raison.

Vers la fin de sa vie, tout comme l’homme le plus sage de l’histoire, le roi Salomon, Michel-Ange a renoncé à sa foi humaniste pour se soumettre à Dieu, le seul être qui pouvait lui permettre d’être un homme. Sur une de ses dernières sculptures, un portrait de Nicodème pleurant la mort Jésus, Michel-Ange a sculpté son visage à la place de celui de Nicodème. Il s’identifie donc avec ce Juif riche et connu qui a renoncé à sa richesse et à sa gloire après avoir été témoin de la crucifixion de Jésus, son sauveur. En le réconciliant avec la divinité, Jésus était le seul qui pouvait lui permettre de vivre comme un homme, plutôt que comme une bête.

Une leçon perdue dans l’histoire
hommeLe pessimisme de la modernité démontre que le monde n’a pas appris la leçon de Michel-Ange. Lorsque notre premier principe épistémologique est la raison, cette même raison se tourne contre l’humanité. Le rationalisme traite l’homme uniquement comme un produit de la nature, une machine biologique et le détruit. Ainsi, comme une cellule cancéreuse, la raison se tourne contre elle-même, car elle ne reconnaît pas sa place dans l’univers. Elle ne reconnaît pas qu’en s’attaquant à l’homme, comme homme, créature divine, créée pour l’amour, elle attaque également sa rationalité. Comment croire en la rationalité d’une machine biologique? Tout ce qui reste ensuite est la destruction et la mort.

picassos_le_enfantLe peintre célèbre Picasso démontre cette fragmentation de l’humanité qui découle directement de l’humanisme. Dans ses peintures, le père de l’art moderne présente l’homme comme une distorsion, il est fragmenté, irréel, illusoire. Cependant, dans ses peintures plus personnelles, comme celles de sa femme et de sa fille, qu’il aimait tendrement, on retrouve l’humanité comme elle est. Sa fille est présentée comme une belle petite fille, innocente, et non pas comme une illusion fragmentée. C’est comme si l’amour faisait revivre l’optimisme et la foi dans le cœur de Picasso et venait pour un instant vaincre le tombeau froid de la rationalité.

Le rationalisme et le totalitarisme
Cette fragmentation est également démontrée dans Hunger Games. Pour contrôler un peuple, il faut éteindre l’humanité en lui. Il faut le tenir dans le pessimisme, dans l’hédonisme, dans les passions, dans la crainte et la survie égoïste. Il ne doit pas être au courant de sa dignité en tant qu’enfant de Dieu. De plus, si l’être humain est la machine biologique la plus évoluée de la planète, il faut absolument le contrôler, car il est dangereux. Il n’est plus un être dignifié, ayant des droits inhérents, mais une machine dangereuse à maîtriser. Ainsi, B.F. Skinner, psychologue renommé du 20e siècle, a dit : « À l’homme en tant qu’homme, nous disons BON DÉBARRAS! »

La meilleure façon d’éliminer cette humanité est de détruire l’amour de ce qui est jeune et innocent. La destruction de l’innocence, de l’enfance et de la famille est un signe certain qu’une société se dirige vers le totalitarisme. Comme le démontre les œuvres de Picasso, l’amour de la famille, c’est le dernier front contre le pessimisme total. Ainsi, dans Hunger Games, les citoyens sont appelés à sacrifier leurs enfants pour le divertissement national.

Tous les mouvements totalitaires de l’histoire, comme ceux de Hitler, de Stalin, de Mussolini, de Pol Pot, de Zedong, etc. étaient basés sur le rationalisme. Vous vous souvenez peut-être que la Révolution française était expressément dévouée au rejet de Dieu et de la Bible au nom de la raison. Et l’histoire s’est effectivement terminée en bain de sang. Ensuite est apparue la dictature de Napoléon. Le rationalisme ne donne aucune raison au plus fort de ne pas contrôler et subjuguer le plus faible. Le rejet de la souveraineté de Dieu mène inévitablement à la tyrannie de l’homme. Ce n’est qu’après sa défaite que la France retrouva un certain ordre en rejetant le pessimisme du rationalisme et en rétablissant la foi comme élément central de la société.

Quelle est la bonne place de la raison ?
Le rationalisme est inadéquat pour constituer le point de départ épistémologique de l’être humain pour trois raisons :

1. Le rationalisme est limité : Il ne peut chercher au-delà de la nature pour trouver la place objective de l’homme dans l’univers. Ainsi, il n’a aucune base sur laquelle opérer. Il doit opérer sur une foi en la rationalité humaine qui est elle-même irrationnelle selon ses propres règles. Il se contredit donc lui-même.

2. Le rationalisme est spéculatif : le rationalisme n’opère pas sur ce que nous savons être vrai, mais plutôt sur ce que nous savons être faux. Ce qui est vrai change constamment et ce qui est reconnu comme vrai aujourd’hui sera reconnu comme faux demain. Il est donc absurde de baser notre conception de l’humanité sur une base aussi instable. Il est grandement préférable de le baser sur ce que nous savons être vrai concernant la nature unique de l’être humain et la centralité de l’amour dans son existence.

3. Le rationalisme est autodestructeur : il rend irrationnelle la grande majorité de l’expérience humaine, c’est-à-dire ce que nous savons être vrai dans la vie de tous les jours : la liberté, l’amour, le bien et le mal, le but de notre existence, la dignité humaine, l’espoir et oui, même la raison humaine.

Un point départ rationnel : non pas le rationalisme, mais l’amour
Tout optimisme est basé sur la présomption que l’homme est spécial et unique. La conclusion que l’homme est une créature, créé par l’amour et pour l’amour est certainement l’une des plus rationnelles concernant l’humanité, et ce, bien qu’elle ne soit pas rationaliste au sens strict de l’empirisme scientifique. Cette conclusion est cependant bien supérieure à la foi complètement aveugle et autocontradictoire des rationalistes.

Selon ce point de vue, toute l’existence humaine trouve sa place et son harmonie. La rationalité est encadrée et trouve sa place dans l’existence humaine. Elle n’existe pas comme guide épistémologique pour trouver la vérité ultime, mais plutôt pour comprendre notre Créateur et son amour par sa création, et pour trouver des façons d’améliorer la condition humaine. De plus, la raison, guidée par l’amour, nous mène inévitablement à la Bible. Lorsqu’on y constate que Dieu existe, qu’il est amour, qu’il n’est pas silencieux, et qu’il a communiqué avec nous, nous trouvons la confirmation rationnelle et tangible de notre point de départ. Notez que la Bible n’est pas notre point de départ. Notre point de départ c’est l’amour, qui mène inévitablement à la Bible, laquelle vient donner un fondement historique et crédible pour la croyance en l’amour et la rationalité humaine.

L’optimisme et toute dignité humaine commencent avec la foi. Cette foi peut être raisonnable ou irraisonnable. Il va sans dire que la première option est bien plus solide et satisfaisante. Ensuite la rationalité cherche à comprendre cette foi, plutôt qu’à la détruire. C’est dans ce contexte que la raison humaine contribue à son avancement. En appliquant la raison pour mieux comprendre l’amour de Dieu, nous trouvons une connaissance unie et cohérente sur toute la réalité de notre existence.


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2018-10-01T13:39:08+00:00