Un des points lumineux ressortant de la récente fusillade à l’école primaire Sandy Hook de Newtown, au Connecticut, c’est l’héroïsme dont ont fait preuve les cadres et les professeurs de l’école. Voici quelques actes héroïques publiés à ce jour.

school-principal-dawn-hochsprungDawn Hochsprung, directrice de l’école, est la première victime de cette tragédie. Cette femme a fait preuve d’un incroyable courage en tentant de neutraliser le suspect, qui était muni d’une arme militaire.

Mary Sherlack, psychologue de l’école, a perdu la vie après avoir fait face, semble-t-il, au tueur.

Un autre professeur dont l’identité n’a pas été révélée aurait subi des blessures après avoir bloqué une porte.

Il y a aussi un enfant de 6 ans qui a pris l’initiative de guider plusieurs de ses camarades de classe vers la sortie après que le tueur soit entré et ait abattu son professeur.

Dès les premières détonations, Kaitlin Riog, professeur de première année, a emmené ses élèves dans les toilettes et s’est barricadée à l’intérieur en plaçant une armoire devant la porte.

Enfin, Victoria Soto a caché ses élèves dans des placards avant de se faire tuer. Comment se fait-il qu’on mette beaucoup plus l’emphase sur le meurtrier et non sur ces héros ? Il faut s’arrêter à la lumière, pas aux ténèbres ! Plusieurs critiques ont dénoncé la façon dont nos médias insistent sur l’horreur de ce drame. Dans la tête de plusieurs personnes déséquilibrées, le meurtrier devient le héros… N’a-t-il pas réussi l’une des pires fusillades de l’histoire ?

Deux types de grandeur 
On se retrouve devant deux types de grandeur — celle basée sur le nombre de personnes sur qui on a eu un impact (pour le meilleur ou pour le pire), ou bien celle déterminée par la bonté que l’on manifeste envers nos semblables. Au premier coup d’œil, cette distinction semble banale. Nous aimons à penser que nous sommes tous animés du second type de grandeur… Mais pour en avoir le cœur net, il est utile de se faire un examen de conscience.

La grandeur selon Nietzsche
Frédérique Nietzsche est l’un des penseurs les plus originaux et doués du siècle dernier. Cependant, sa définition de la grandeur soulève de sérieuses questions. Nietzsche critique principalement le christianisme parce qu’à son avis, cette religion crée des gens faibles, médiocres parce qu’elle encourage et exalte le sacrifice, l’humilité et le renoncement. Il propose donc de substituer à l’éthique chrétienne la volonté du pouvoir. La vraie grandeur, selon Nietzsche, consiste à faire tout ce qu’il faut pour arriver au pouvoir. Il prétend que l’on mettra fin au mal sur la terre, car les humains vont finir par se rendre compte qu’ils ont suffisamment besoin des autres pour s’abstenir de les opprimer. Il avance que la paix s’obtient par la peur et la méfiance. C’est là une rhétorique très courante de son époque (19e siècle), avancée notamment par les théoriciens politiques de l’époque tels que Montesquieu, et encouragée par la théorie de Darwin et la survie du plus fort. La force, le pouvoir, la richesse, l’égoïsme seraient la nouvelle grandeur et remplaceraient l’humilité et le sacrifice. Ainsi, la balance du pouvoir créerait le bien. Si tous faisaient respecter leurs droits et ne laissaient personne les écraser, il n’y aurait plus d’oppression dans le monde. C’est la mentalité derrière la balance des pouvoirs politiques et de démocratie. Ce n’est pas que ces institutions soient mauvaises, mais seulement que nous avons cru qu’elles pourraient nous délivrer du mal. Elles ne sont pas en mesure de le faire. Le bien doit commencer par la recherche de la vraie grandeur.

Nous savons maintenant que l’éthique de Nietzsche, bien que séduisante de prime abord, ne fonctionne pas. La mentalité du chacun pour soi nous laisse très vulnérables, car l’union fait la force. L’indépendance et l’individualisme politique d’aujourd’hui sont responsables d’une grande partie des maux de notre société. Les personnes en détresse sont confrontées à une société indifférente qui n’a pas besoin d’eux. Ne sachant où trouver de l’aide, elles commettent des actes horribles. La Presse a récemment publié une étude montrant à quel point les parents d’aujourd’hui sont en détresse, combien ils manquent du soutien de leur communauté. Par conséquent, ils vont, en temps de crise, jusqu’à songer et à planifier des actes violents envers leurs enfants.

La vraie grandeur
À l’opposé de la présumée grandeur de l’égoïsme, de l’idolâtrie des richesses, du pouvoir, et du plaisir, il y a la vraie grandeur telle que démontrée par les héros de l’école Sandy Hook. Cette grandeur ne peut venir que du sacrifice de soi. Il n’existe aucun moyen facile de l’atteindre. C’est un appel à la discipline constante pour développer notre caractère, nos talents et nos capacités pour le bien des autres. Au lieu de vivre pour le plaisir, on vit pour la vraie grandeur — on cherche à développer son caractère et ses talents en vue du bien d’autrui et de la gloire de notre Créateur. C’est cela que j’aimerais que tout le monde comprenne — que Jésus-Christ ne nous demande pas de nous abaisser et de nous humilier par plaisir, mais pour que nous atteignions la vraie grandeur. Il veut que sa vie extraordinaire soit aussi la nôtre. Mais pour cela, il nous faut abandonner le concept de la grandeur selon Nietzsche. Outre la fausse grandeur, il existe aussi la fausse humilité. Celle-ci consiste à croire que tout désir individuel est mauvais et que Dieu s’oppose à toute grandeur personnelle. Mais tel n’est pas le cas ! Dieu est un individualiste… mais pas à la manière de notre monde. Il veut nous faire découvrir la vraie grandeur et nous invite à aspirer à celle-ci. L’humilité n’est pas une fin en soi, mais le moyen de devenir réellement grand. Un athlète qui ne cherche que la gloire trouvera plus facile de se piquer que de s’entraîner honnêtement. La vraie grandeur passe par l’humilité et l’acceptation du fait qu’il faut travailler et se sacrifier pour être vraiment grand. C’est cela que Dieu a en tête pour nous. Pas de vie facile. Pas de raccourci. Il nous dit : Je suis toujours avec toi. Je t’entraîne pour faire de toi une personne exceptionnelle. Mais il n’y a pas de raccourci. Tu devras te soumettre à ma discipline comme un athlète doit se soumettre à la discipline de son entraîneur. Les difficultés de la vie, la souffrance, les grands maux, les pauvres sont la piste d’entraînement que je te donne pour que tu deviennes réellement grand. Je te donne mes lois à suivre pour ton bien et pour que tu apprennes à contrôler tes désirs. Au lieu de tout faire pour te soustraire à ta responsabilité, crois en moi, prends la vie comme elle t’est donnée et assume tes responsabilités tout en suivant mes lois. Si tu vois un mal devant être redressé, ne te défile pas, implique-toi. Ne sois pas jaloux de ceux qui vivent pour eux-mêmes — ils ratent l’occasion de devenir de vrais héros. Ils méritent ta pitié, pas ton admiration ou ta jalousie. C’est par l’humilité et le sacrifice de toi-même, et non par la force et la contrainte, que ta vie sera grande. Je dédie cet article aux héros de Sandy Hook. Ils ont été un exemple extraordinaire de sacrifice, de renoncement et de grandeur. Ce sont eux qui méritent d’être célébrés et médiatisés, pas le massacre. Je suis certain que Dieu est fidèle et récompensera leur sacrifice.


Par Jonathan Martin. Tous droits réservés. Pour d’autres articles de Jonathan Martin, veuillez visiter son blogue à www.graceaujourdhui.com